5 ans après le confinement, comment les managers vivent le travail hybride ? C'est ce qu'a analysé pour sa deuxième étude le Projet Sens, le collectif des dirigeants engagés sur le sens au travail, à partir des témoignages de 64 managers.
Préface de Jean Castex Ancien Premier Ministre et PDG de la RATP.
Alors que certaines entreprises, notamment aux États-Unis, imposent un retour brutal au présentiel, notre étude montre l'entrée dans une phase de maturité : le débat n'est plus d'être "pour ou contre" le télétravail, mais de gérer ses conséquences sur l'organisation et la culture d'entreprise.
"Je ne prends aucun jour de télétravail pour être certain de croiser tous les membres de mon équipe au moins une fois par semaine", confie un manager, illustrant un des aspects paradoxaux du télétravail. En contrepartie du confort apporté, il peut mettre à mal la cohésion, le sens au travail et la capacité du manager à accompagner son équipe.
Les chiffres sont révélateurs : 67% des sondés estiment que le sens de leur travail s'est détérioré, 46% sentent qu'ils apprennent moins de leurs collègues, et 48% s'intègrent moins bien. L’étude dessine une archipellisation du travail de bureau – un fractionnement silencieux des collectifs de travail.
Notre étude identifie une sorte de bureaucratisation des relations professionnelles : les interactions deviennent moins spontanées, plus formalisées, intermédiées par la technologie.
Plusieurs managers témoignent des contrecoups du télétravail, comme la perte de signaux faibles et la saturation des agendas : « Quand les équipes sont là en présentiel, je chope plein d'infos comme ça à travers une discussion, un café et quand les gens sont en télétravail, du coup on est obligé de provoquer des réunions pour avoir de la remontée d'infos. Et là on se retrouve avec un flux d'informations à absorber d'un coup, à digérer avec des tours de table en réunion qui n'en finissent pas »
Le tunnel des visios n'est pas seulement l’enchaînement dense et sans pause ; c’est aussi la monotonie.
Une manager explique : « j'ai une mémoire plus sensorielle visuelle, j'ai des journées où les réunions s'accumulent, j'ai beaucoup de mal à me souvenir de quelle réunion ou de quel sujet on a parlé, parce que je suis toujours dans la même configuration, je suis face à mon ordi. Je sais que ça m'aidait beaucoup auparavant de me souvenir on était dans telle ou telle salle il y avait [un tel] à côté de moi, ce sont des choses qui me sont beaucoup plus faciles pour enregistrer l'information, me souvenir de ce qui s'est dit, ce qui s'est fait et aussi de l'humeur, de la réceptivité des gens en face de moi. »